Tribune Les Échos – RER métropolitains : l’année des décisions

Note de problématique

26 01 2024

Publié le 16 janv. 2024 à 14:30 – Mis à jour le 16 janv. 2024 à 15:05

Alors que la loi SERM sur la mise en place de RER en régions vient d’être promulguée, il faut réfléchir dès maintenant aux défis que pose leur création, affirme Jean-Claude Degand. Ces projets répondent aux besoins croissants de mobilité douce.


La mise en place de RER en régions est à l’ordre du jour depuis que le Président de la République en a fait la proposition un soir de novembre 2022 sur YouTube. La surprise qui a accompagné cette annonce s’est dissipée depuis, avec la prise de conscience que 70 réseaux de type RER existent déjà en Europe et que plusieurs territoires ont engagé des démarches en ce sens comme Bordeaux Strasbourg ou Lille. Depuis, 25 sites ont pris rang, à l’initiative de régions, d’agglomérations, mais aussi de la société civile. Et une loi dite SERM (Service Express Régionaux Métropolitains) a été adoptée de façon transpartisane et promulguée le 27 décembre dernier. De quoi s’agit-il ?

Les RER en régions sont des projets à l’échelle des bassins de mobilité quotidienne qui correspondent à des configurations précises. Premièrement, des projets de services express régionaux métropolitains qui circulent sur l’infrastructure ferroviaire pour le plus grand nombre des projets ou des sites pressentis. Les lignes correspondantes sont cadencées et le plus souvent traversantes. Ensuite, dans quelques cas, un aménagement lourd de l’infrastructure est rendu nécessaire notamment au cœur du bassin urbain pour créer un réseau bien articulé avec les pôles urbains. Enfin, des opportunités de dessertes ferroviaires légères, notamment de type tram-train.

Les modalités de mise en place

Une démarche d’intermodalité avec les autres réseaux, autobus, autocars, vélos, covoiturage est à chaque fois nécessaire : elle s’appuie sur des pôles d’échanges articulés avec une vision polycentrique du territoire et des cadencements coordonnés avec les modes routiers sur les plages horaires les plus larges. Des liaisons routières express par autocars viennent en complément pour desservir les secteurs à l’écart du réseau
ferroviaire.


Une billettique interopérable unique simple d’usage appuyée sur des forfaits incitatifs doit couvrir l’ensemble des modes de transport et leurs enchaînements à l’échelle du bassin de mobilité.
De premiers chocs d’offre peuvent être mis en place à échéance 2025, a minima en répliquant en heure creuses, en soirée et le week-end la trame de services périurbains existant à l’heure de pointe. Et d’ici 2030, un cadencement au quart d’heure peut être mis en place sur une grande partie des axes ferroviaires.

Des plans train + vélo articulant une offre forte de stationnement vélo près des gares, la possibilité élargie de l’emport des vélos et l’aménagement de voies cyclables de rabattement vers les gares doivent être mis en œuvre dès maintenant.

Des besoins en gouvernance et financement

En matière de gouvernance, l’initiative et la mobilisation conjointe de toutes les collectivités et notamment des autorités organisatrices de la mobilité régionales et urbaines sont nécessaires dès le lancement des projets. La gestion efficace des systèmes de transports en résultant impliquera d’aller vers des formes de regroupement ad hoc.

En matière de financement, au-delà des différentes vagues de CPER ( Contrats de plan État-Région ), la possibilité d’instaurer des taxes locales peut venir en adossement d’un financement par l’emprunt des projets les plus importants. Reste un besoin en financement de l’exploitation des systèmes à couvrir en élargissant les ressources actuelles, notamment le versement mobilité. Ce besoin de financement doit aussi être contenu par le passage à l’échelle en matière d’exploitation ferroviaire, par un système de péages ferroviaires qui le traduise, et un meilleur équilibre entre modes de transport dans les budgets locaux.

Ambition à la hauteur des défis sociétaux

La mise en place des RER des métropoles et des territoires permet d’enclencher un développement urbain et territorial plus compact, articulé autour d’axes de développement préférentiels, de villes des dix minutes ou du quart d’heure, et d’écoquartiers. C’est la colonne vertébrale territoriale de la planification écologique.

La modération du trafic automobile enclenchée dans nombre d’agglomérations sera facilitée par la mise en place de ces RER et devra être poursuivie pour une pleine efficacité de ces systèmes. Une ambition à la hauteur des défis sociaux et écologiques de notre société, dont la réussite doit être garantie par la mobilisation des acteurs publics, industriels et citoyens.

Jean-Claude Degand est porte-parole d’Objectif RER métropolitains.

Article dans Les Échos

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